Entretien Nouvelles de France

Entretien Nouvelles de France

Retrouvez ci-dessous l’entretien accordé par Charles Aslangul au journal « Nouvelles de France ».

IL Y A LES CATAPULTÉS, les fils et filles de, ceux qui se retrouvent soudain, sans jamais avoir croisé un électeur, sur une liste de députés. Et il y a les autres, qui commencent tôt et sans soutien, les mains dans le cambouis. Il y a les petits Croisés sortis de l’Ecole Alsacienne, qui vous parlent de sécurité mais qui n’ont jamais pris le métro.

Et il y a les autres, qui prennent le risque de défendre des valeurs susceptibles de foudroyer leur jeune carrière politique. Charles Aslangul est de cette lignée morale qui préfère mordre la poussière plutôt que de renoncer à un idéal. Certains attendent dans les couloirs feutrés de l’Assemblée que papa revienne avec un poste d’assistant parlementaire pour eux. Aslangul, à peine majeur, se lance dans la politique avec un entêtement de jeune chien fou. A peine élu, il se retrouve sous les feux de la rampe pour avoir vigoureusement contesté la légalité du tout halal dans certains restaurants Quick. De quoi en agacer un certain nombre, à commencer par un Benjamin Lancar toujours prêt à enfoncer des portes ouvertes et à jouer les rebellocrates en polo Lacoste. Aslangul, élu de Bry-sur- Marne, en veut, et ne s’en cache pas : il grimpera les échelons. Mais en des temps où la tentation du « tous pourris » est diablement forte et aisément justifiable, rencontrer un jeune responsable politique encore capable de s’indigner de situations qui laisse l’UMP indifférente est tout de même rafraîchissant.

Comment êtes-vous tombé si jeune dans la politique, et pourquoi, alors que vous aviez déjà des responsabilités municipales, avoir voulu créer L’Ordre républicain1 ?

En classe de seconde, j’ai pris conscience, à travers ma passion pour l’Histoire, que sans action politique on n’arrivait à rien. J’ai commencé à m’y intéresser de très près, à avoir mes propres convictions. Or c’est un peu dans mon caractère que de ne pas supporter de voir d’autres exprimer certains avis à ma place. Je suis allé voir l’UMP, parti dans lequel je me sentais le plus à l’aise, grâce à Sarkozy notamment, qui disait tout haut ce que je pensais tout bas. J’ai donc adhéré à l’UMP, j’ai fait le boulot du militant de base, le tractage, les collages d’affiche, etc. Très vite, j’ai eu envie d’en faire plus, et je suis allé voir le maire de ma ville. Je lui ai dit : « voilà, j’ai 18 ans, mais il faut quand même me prendre parce que je serai

le meilleur ». Forcément, en entendant ça, il ne m’a pas pris au sérieux. Je suis retourné le voir, et un mois plus tard j’étais dans son équipe. En mars 2008 j’étais élu. Je venais d’avoir 19 ans. Mais ça ne me suffisait pas. Je constatais tous les jours que mes valeurs gaulliennes et républicaines

étaient à mon sens trop absentes du débat public, pas assez portées, y compris par mon propre camp politique. En tant que jeune élu, je ne devais pas « l’ouvrir ». Seulement voilà, je n’y arrivais pas. Ma vision de l’engagement c’est qu’on agit pour des convictions et des valeurs, pas pour son avenir personnel. J’ai donc fondé L’Ordre républicain. Je savais très bien qu’à l’UMP, je n’aurais pas pu m’exprimer en mon seul nom. J’aurais été bâillonné, ce qui, à la limite, est normal puisqu’il y a une ligne à suivre, avec un président de parti qui s’exprime, et puis en tant qu’élu, vous ne pouvez pas aller à l’encontre du président de la République. Alors j’ai décidé de créer mon propre mouvement, et tant pis s’il n’y avait que deux adhérents ! Mais ainsi, en tant que président d’une structure autonome, je pourrais m’exprimer librement sur un certain nombre de sujets : la République, la laïcité, le communautarisme, les atteintes à l’ordre public, à L’Ordre républicain justement…

Vous avez subitement été jeté dans l’arène médiatique avec l’affaire du Quick halal. Comment cela s’est-il passé ?

Rien qu’avec mon maire, ça a été très difficile. C’était pendant les élections régionales et voilà qu’une chaîne de télévision américaine venait interviewer un de ses élus plongé dans une violente polémique. Il m’a dit que si je n’arrêtais pas immédiatement j’aurais de gros problèmes avec lui. Mais c’était ma liberté d’expression, j’y tenais, et en aucun cas il n’avait le pouvoir de me faire taire. Ca a d’ailleurs abouti, le 15 décembre dernier, à ma démission, non du conseil municipal, mais de la majorité. Me voilà officiellement un dissident. Pour en revenir à l’origine de la polémique, j’ai reçu un courriel, un matin, d’un sympathisant de L’Ordre républicain, m’apprenant que Quick avait décidé de lancer des restaurants exclusivement halal. Je me suis renseigné, c’était vrai. J’ai trouvé cela proprement scandaleux et n’ai pas compris que personne ne réagisse. Le week-end suivant, j’ai fait venir chez moi une quarantaine de militants de L’Ordre républicain, et nous avons décidé d’agir. Je leur ai dit : « RDV à minuit chez moi, on prend nos voitures et on colle, dans tout Paris, sur tous les Quick que vous pouvez, des affiches. » J’avais passé mon après-midi à imprimer des affiches du style « Que du halal, non merci ». J’ai demandé aux militants de coller ces affiches sur les panneaux d’affichage libre mais aussi sur les Quick. À six heures du matin, j’ai envoyé le communiqué de presse. Ça a été une traînée de poudre : Le Parisien, l’AFP, etc.

Vous y attendiez-vous ?

Ah, non, vraiment pas. J’étais sans doute un peu naïf. J’ai essayé d’expliquer, à l’époque, que tout cela allait à l’encontre des valeurs républicaines et de ce fameux vivre-ensemble, un mot très à la mode mais dont on ne préoccupe soudain plus lorsque Quick fait du tout halal. De fait, leur « offre » excluait tous les non musulmans. Mais le plus scandaleux, c’est que 94% des fonds de Quick appartenaient à l’État, via la Caisse des Dépôts. Donc l’État finance une offre religieuse qui exclut toute une partie de la population française. Ça a duré deux mois. Pour ma famille, ça a été terrible : insultes, propos diffamatoires, tout y est passé. En plein conseil municipal, je

me suis fait traiter de fasciste, de sale nazi et de raciste par Johan Ankry, le dirigeant de la section socialiste de Bry. Ce qui a été dur à encaisser parce que du côté de ma mère comme de mon père il y a eu des résistants qui ont combattu le nazisme de toutes leurs forces. Et pour finir, une plainte pour provocation à la discrimination et à la haine raciale.

Que pensez-vous de l’action des socialistes en ce moment ?

Je conçois tout à fait qu’on débatte sur certains sujets, qu’on ne soit pas d’accord : c’est le cœur même de la vie politique. Mais il est des moments de la vie d’un pays où l’on ne peut pas ne pas donner son avis. Par exemple, l’abstention récente des socialistes concernant le vote du mécanisme européen de stabilité. Les socialistes se sont payé le luxe de ne pas voter. Quel message envoient-ils aux Français et à l’Europe ? Notre pays mérite mieux que ce genre d’abstention. Leur candidat, François Hollande, se résume en trois adjectifs : vide, creux, dangereux.

Puisque vous parlez d’Europe, que pensez-vous de la façon dont Nicolas Sarkozy a réagi au non des Français lors du référendum ?

Je suis gaulliste et bonapartiste. J’estime que le peuple est souverain. Je considère donc que ce qui s’est passé est un non-sens. C’est très compliqué pour moi puisqu’en plus cela vient de ma famille politique. Mais je le maintiens : quand on donne la parole au peuple, on doit la respecter. On ne transige pas avec ça. Ou alors on ne fait pas de référendum, si l’on estime que certains intérêts supérieurs passent avant. A mon sens, il aurait mieux valu ne pas poser la question du tout. Parce qu’interroger les Français là-dessus, puis faire fi de leur opinion, c’est lamentable.

Avez-vous l’impression d’être isolé dans votre camp politique, et notamment parmi les jeunes UMP ?

Vous savez, je m’appelle Charles parce que mon père est un amoureux de la République, de la France, et de De Gaulle. Il a toujours dit que s’il avait un fils, il l’appellerait Charles, en hommage au Général. J’ai moi-même une immense reconnaissance pour ce dernier, et, tous les ans, je vais à Colombey, seul, tranquillement, pour me rapprocher de ce que je veux retrouver un jour, pour me rapprocher de cette France gaullienne : une France calme, paisible, puissante, forte. Quand j’ai eu le malheur de dire ça aux jeunes UMP et aux cadres UMP, de leur expliquer combien j’étais heureux de ce « rendez-vous » annuel à Colombey, ils m’ont pris pour un illuminé. Ils m’ont dit que j’étais un OVNI à l’UMP. Là j’ai réalisé qu’il y avait quand même un souci. On a des valeurs, mais ce sont peut-être davantage des postures intellectuelles que des convictions. Ca n’est pas ainsi que je me vois vivre

la politique : elle passe pour moi d’abord par la défense de mes convictions. Dans l’affaire du Quick halal, j’avais beaucoup plus à perdre qu’à gagner ; il n’y avait aucun intérêt personnel à en tirer pour moi, bien au contraire. On n’arrête pas de me répéter qu’un jour je serai nécessairement amené à faire des compromis, à marcher sur ces convictions profondes qui me guident. Comment peut- on faire des compromis avec les valeurs de la République ? Et surtout comment peut-on le dire si sereinement ? Défendre la France, pour moi, c’est un rêve, mais un rêve qui demande énormément d’exigence. MYRIAM PICARD

 

NDF1

NDF2